Incroyable. Au moment même où j'écris ces lignes, quelques minutes après mon réveil à Oloron Sainte-Marie (nous y reviendrons dans quelques instants), la Cinquième rediffuse le sujet traité par C dans l'air hier soir : "Internet : nuit gravement à la santé". Alors soit, j'ai raté le début, mais peu importe le stade atteint dans la discussion entre les participants, on distingue, en background quasi-subliminal, des screenshots de GTA IV. D'emblée, avant même de m'intéresser au contenu, je comprends qu'une émission pourtant relativement sérieuse a fait l'amalgame entre jeux vidéo et Internet. Si leur cheval de Troie s'appelle GTA, on imagine le cheminement "intellectuel" : le jeu constitue une caricature sociale, contient une dimension sociale (par le biais de ses facettes multijoueurs), et rend asocial et sociopathe... mais à grande échelle. Au cœur du changement d'échelle, de l'individuel vers le groupe - et donc forcément "tout le monde" -, Internet (sa technologie, et non le phénomène). Pour le moment, j'extrapole, pourtant, le temps d'écrire ces lignes, tout y est passé, de sujets sur les otaku à l'analyse des hobbies des jeunes ayant été à l'origine des massacres universitaires américains de triste mémoire. Internet = jeux vidéos = violence. Au passage, l'analyse de GTA faite ci-dessus, qui pointe du doigt une mise au même niveau, maladroite, de plusieurs incarnations du lien social, est aussi validée par l'émission, qui donne l'exemple de suicides annoncés sur Internet, et ignorés par les amis de la future victime. Comme je l'imaginais, les participants confondent le caractère social d'Internet, et l'inadaptation sociale à la fois de la victime, mais surtout de ses "amis", puisque leur absence de réponse montre bien leur ignorance du lien social qui existe, quelque soit le réseau, entre les gens. Ce qui est à critiquer, ce n'est pas le fait que l'information soit diffusée sur Internet, mais bien qu'elle ait été ignorée, non ?
Alors voilà : la Cinq assimile Internet et jeux vidéos, considérant certainement que tous se jouent en réseau. Au travers de quelques cas sociopathes (l'émission prend pour point de départ un triste fait divers meurtrier au Japon, le week-end dernier), la chaîne tente d'incarner le Jack Thompson du pauvre (ce qui me rappelle l'excellent dossier récent de Canard PC, se demandant si la France pouvait aussi produire un Thompson). Certains spectateurs jouent le jeu de ce panel d'illustres ignorants par SMS : "Tuer, torturer, détruire sont à la base de tous les jeux vidéo. Comment après ça un gamin peut-il devenir un adulte équilibré?", d'autres, évidemment joueurs, se moquent des propos tenus. Allez qu'importe, tout le monde a le droit d'avoir son opinion sur la question. Mais ce qui est grave, ce sont les erreurs sans cesse commises par les intervenants, qui n'y connaissent rien et déforment la réalité pour valider des propos absurdes. Ainsi à la question : "Des millions de gens jouent. Allons-nous vers une armées de tueurs psychopathes?", un éminent cerveau français répond comme suit (en gros). "Il y a des précédents à cela (...) les soldats américains, avant de partir en Irak, s'entraînent sur Full Spectrum Warrior, un jeu vidéo téléchargeable gratuitement sur le site de l'armée américaine." Alors déjà, ce n'est pas le bon jeu (ne pas confondre avec Full Spectrum Command ou America's Army) - THQ ne serait pas ravi d'apprendre que son jeu, initialement conçu il est vrai, pour l'armée, est dispo gratuitement sur le web - mais voyez l'incroyable démagogie de la réponse : c'est le jeu qui a fait de ces hommes des soldats. Le concept de simulation serait-il donc intrinsèquement nocif ? No comment. Et dire que, pendant ce temps là, EDGE a le courage de faire sa nouvelle une sur MadWorld - "we kill because we care" - tout en revenant sur la production de Carmageddon...
Le plus triste dans tout ça, c'est que C dans l'air a au passage perdu toute crédibilité à mes yeux. Alors que je regardais d'habitude l'émission avec intérêt, pensant y apprendre quelque chose à chaque sujet traité, je me rends compte désormais qu'il vaut mieux fuir son manque de sérieux. Avec tout ça, plus le temps de revenir sur ma journée d'hier... pas grave, ce sera pour mon prochain post! En attendant, vous pouvez revoir l'émission en ligne.
mercredi 11 juin 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire