Deux jours déjà, que j'ai remis les pieds sur Terre, après 72 heures passées à Clisson, dans le confort épuisant du microcosme Hellfest. Première constatation : je n'ai plus vingt ans, et je ne me suis toujours pas remis, ni de ma rhino, ni des 10 heures de sommeil grappillées sur l'ensemble du séjour en enfer. Le sourire par contre, procuré par le souvenir de ce voyage musical et humain, d'Ultravomit à Envy, de la Couille de loup à la fragrance FUGB (foin-urinoir-graillon-bière), de mes amis à ces stars inconnues - charmantes pour la plupart - auxquelles nous avons servi quelques hectolitres de bière, est toujours bien là. Si les histoires à conter sont nombreuses, elles le seront moins dans ces lignes car certaines se doivent de rester à la fois private et off. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir matière à m'épancher.
J'ai pas mal réfléchi depuis mon retour, à la meilleur façon de rédiger un compte rendu du festival. Ma première solution avait été d'opter pour un hommage à sieur Hunter S. Thompson, et de vous livrer un portrait exacerbé de la décadence des néo-nazis satanistes qui emplissent les lieux, de me concentrer sur les fluides versés à double sens par ces jeunes blafards qui portent leur agressivité à fleur de t-shirts chèrement acquis. L'objectif : satisfaire par anticipation subjective l'idée fausse (partiellement du moins) que chacun se fait du public Metal, pour mettre en avant le fait que, au final, le monstre est bien le narrateur, qui se contente de projeter sa propre perversion, et contamine le récit de ses abus à défaut de trouver matière authentique à se mettre sous la dent. Ce serait marrant, et puis Thompson est un peu un de mes Dieux - je suis polythéiste à l'extrême, façon American Gods - mais je vais tenter finalement, d'être plus mesuré. Un peu.
Bénévole au festival pour la troisième édition, j'attaque l'édition 2008 moins warrior que d'ordinaire. Il faut dire aussi que le déluge de l'an dernier, les voitures embourbées, les nuits à dormir dans des algecos inondés, nous avaient tous un peu calmés. Du coup, nous dormirons au sec, chez des amis. Merci aux Kargalliens. Alors que nous étions aux loges Second Stage les années précédentes, à nous le confort de l'un des nouveaux dispositifs du Hellfest : le bar artistes. Avantage : les pieds au sec, au calme. Désavantage : on piétine sévère - sans pour autant s'ennuyer - et on est les derniers à fermer. Mais on peut discuter avec les collègues de Mayhem, philosopher avec des Roadies anonymes gavés de Death Metal, se prendre la tête avec des Tour Managers (celui d'Opeth par exemple, pour une incroyable histoire de bières post-fermeture), admirer la descente d'Al Jorgensen et autres techos des Comeback Kid, pratiquer l'espagnol avec des skaters émérites, venus braver le bateau-skate park conçu pour l'occasion, faire ami-ami avec des coreux Bordelais. Et puis, accessoirement, profiter de musique venue des tripes de la Terre en compagnie de ses potes, faire des plans sur la comète, monter des projets passionnants. A la famille près : un monde parfait, somme toute.
Surtout lorsque les portes s'ouvrent sur le délire d'Ultravomit, dont le "Jacques Chirac" résonne encore dans nos oreilles sans même qu'ils l'aient joué. Un peu de régionalisme ne nuit pas et il est agréable de voir le trio nantais ouvrir le festival sur la Mainstage. Ma playlist personnelle sera par la suite composée de pas mal de bribes - Municipal Waste, At the Gates, Envy, Meshuggah, Motorhead, Today is the Day, Sick of it All, Dimmu Borgir, In Flames, Mayhem, Morbid Angel - et de quelques concerts complets - Paradise Lost, Porcupine Tree, Opeth, Cavalera Conspiracy, Year of no Light (ce dernier constituant d'ailleurs ma révélation du festival, à l'origine du titre de ce post). Une sélection fantastique, même si les horizons sont peut-être moins vastes que dans les éditions précédentes. Cette année, c'est très metal et old school sur les deux scènes principales, et il faut plonger sous la tente de la Discovery Stage pour jouir de post hardcore et autres chaos étudiés. En gros : sur la pelouse, ça manque d'un Converge ou d'un Walls of Jericho. Peut-être parce que nous sommes supposés vivre un second Hellfest en août, 100% hardcore, culture locale oblige. A voir. En attendant, on pourra toujours aller écouter Converge au Ferrailleur le 22 juillet prochain.
Mais ce post s'éternise et, comme je le craignais, je vais vous bassiner avec mon récit plusieurs jours de suite. Là, je suis dans le train pour Paris - retour au boulot oblige - et je ne pourrais rien mettre en ligne avant demain de toute façon. De l'écart entre le présent de narration et celui de publication. La suite au prochain épisode.
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