22 heures passées, à bord d'un train et à trois cent bornes de chez moi, où ma mère (merci m'man!) s'occupe de ma femme, alitée avec 39,5 de fièvre et des points blancs au fond de la gorge, et de mes gars - Lulu montrant des premiers signes de contamination... La conclusion ou presque, d'une journée ultra-speed, entre la gestion des enfants, du boulot, du planning de déplacement et de l'alternative à ma présence à la maison. Un premier trajet à la gare pour échanger mon billet aller, un second pour aller chercher ma mère, et le troisième est le bon. Les deux premières heures, une fois n'est pas coutume, sont placées sous le signe de la lecture - Persuasive Games d'Ian Bogost (la rhétorique procédurale dans les jeux vidéo, rien que ça!). Et pour conclure ce trajet inhabituellement long - 2h55 au lieu des 2h10 habituelles - un peu de traitement de texte. Je m'épanche facilement par écrit quand je m'éloigne du réconfort de l'échange marital. Il faut bien compenser ; c'est que je serais mieux chez moi, à m'occuper des miens.
Le titre de ce post fait référence - enfin - à la dernière édition du Hellfest, déjà plusieurs semaines derrière nous. Le Dimanche 22 juin, au terme de 72 heures du concert, le public pouvait choisir de s'éteindre, vers une heure du mat', sur Slayer ou sur Envy. Le premier, tout le monde connaît et ce à juste titre ; le second par contre, je n'en avais même jamais entendu parler. Mon côté Sancho s'affirme lorsque je croise les membres de ce groupe, seuls japonais du festival ; aussi je me décide à délaisser les assauts de Slayer, plusieurs fois pratiqués et appréciés, pour découvrir Envy. Et, quelques jours plus tard, je commande 2-3 disques du groupe sur le Net, que j'attends toujours. D'où le titre.
Envy donc, sous la toile de la Discovery Stage, les pieds en compote, épuisé et j'en passe. Lorsque je débarque avec Steve - collègue de fortune - le concert a déjà commencé. Sur scène, le groupe se perd dans une nappe atmosphérique répétitive, désamorcée par les décibels de Slayer, quelques centaines de mètre plus loin et nettement plus de matos à disposition. Steve lui, connaît mais n'est pas emballé. On échange notre circonspection d'un regard, genre "si ça change pas, on s'en va". Ca ne change pas vraiment mais on reste; la fatigue certainement. Et grand bien nous en prend.
Car lorsque le premier morceau se termine, un second démarre, sur un nouveau motif répétitif. Ça s'étire en longueur, ne cesse de s'exposer, de s'étherer. Et puis, parfois, ça claque. De l'analyse que j'avais faite jusqu'alors des catégories attribuées à tel ou tel groupe, j'aurais appelé ça du post-hardcore, mais il paraît que c'est du screamo. Et c'est étonnant. Le second morceau en réalité, n'était pas foncièrement différent du premier. Ce qui a changé entre les deux, c'est simplement mon implication; toute la différence qui rentre en jeu dans l'appréciation d'un film par exemple, suivant que l'on l'a vu en entier ou non. Autant certains morceaux vous accrochent d'un simple extrait, d'un riff ou d'un motif, autant les épanchements d'Envy semblent requérir une attention intégrale. Pour mieux ériger ce paradoxe essentiel qui construit mon paysage musical, mais aussi cinématographique, littéraire, vidéoludique : la violence n'a d'intérêt que lorsqu'elle est juxtaposée à la douceur. Et vice-versa. D'où l'importance, par exemple, d'écouter Suzanne Vega chanter World Before Columbus avant de se repaître de n'importe quel morceau de The Great Southern Trendkill (Pantera). Mon impression sur le moment : Envy en fait, si on devait faire une comparaison avec un jeu, ce serait un peu Shadow of the Colossus - s'il avait été conçu par Suda 51. A confirmer, ou pas, à l'écoute.
Je reviendrai sur le Hellfest un autre jour, forcément par le milieu puisque j'ai déjà couvert les extrémités. Normalement, j'aurais du me lancer dans l'écriture d'un autre texte, hors Asie pour Sancho, puisque Béa et moi nous sommes plongés il y a deux jours, dans la merveille que constitue l'Innocence de Lucile Hadzihalilovic ; un moment de cinéma durable, comme je n'en avais pas vécu depuis longtemps. Mais comme je m'écroule doucement - laissons l'écriture à plus tard - je vais le faire en retournant les émotions susurrées par la narration émergente du film dans ma tête. Douceur donc, pour aujourd'hui.
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