lundi 2 juin 2008

Silent Lille

C'est de Lille que je chatouille le clavier de mon portable ce matin. Arrivé hier soir, dîner chez des cousins après un voyage non pas en voiture pour une fois, mais sur les rails. Et quand c'est direct et pas trop long, j'avoue que ça fait du bien : quatre heures réparties entre ma PSP et des velléités de lecture vite englouties par le sommeil, c'est tout de même moins fatiguant que la conduite sous la pluie. Car sur la route jusqu'à la gare, l'eau m'a encore tenu compagnie, jusqu'à se transformer en grêle. Dans le Nord, un temps à faire mentir Danny Boon m'a accueilli à mon réveil terminus ; comme quoi le blason des corons est vraiment redoré. Ce matin par contre, la grisaille est plus traditionnelle ; la température au moins, n'est pas celle du grand nord - hier quand j'ai dit à Hugo que je partais travailler dans le Nord, il m'a demandé "au Pôle Nord"? avant d'estimer que le nord de la France, c'était déjà bien trop loin à son goût. Comme j'ai rendez-vous au pied d'un terril, le tableau sera on ne peut plus classique, vestige de mes origines chti.

Pendant mon trajet en train, j'ai poursuivi ma désintoxication à Monster Hunter pour me plonger enfin dans Silent Hill Origins, un titre qui fait mentir tous ceux qui pensaient qu'une console portable n'était pas de taille à susciter la trouille. Se promener dans Silent Hill à la recherche d'une clé, en évitant les créatures qui hantent son brouillard, est un acte étrange, familier et déroutant, tant c'est à la fois agréable et déplaisant. Le spectre du chef-d'œuvre Silent Hill 2 plane sur les premières minutes du titre, avec une marche condensée pour s'adapter au format play anywhere. Une approche qui m'a fait réfléchir une fois de plus aux innombrables qualités de l'aventure intérieure de James Sunderland, et au caractère iconoclaste de son ouverture. Alors que bon nombre de titres cherchent aujourd'hui à vous accrocher dès les premiers instants façon God of War, vous plongeant d'emblée dans le coeur de l'action quand le didacticiel prend la peine de se déguiser en narration, les premières minutes de Silent Hill étaient longues, inactives, pesantes. Le titre ne cherchait pas à vous happer mais faisait appel à votre volonté seule, reflet de la présence volontaire de Sunderland à Silent Hill. C'est là la différence avec cette préquelle dans la peau de Travis Grady ; lui n'est là que par accident, et si l'on voulait pinailler, il est difficile de justifier son implication dans l'autre monde une fois la fillette sauvée d'un incendie en flammes. L'homme ne cherche pas à s'échapper, pas vraiment perturbé par les distorsions de son environnement et les horreurs qui ne s'y dissimulent pas. Cela paraîtrait presque artificiel. La peur est bien là, mais je serais tenté de dire que l'émotion et l'inertie suscitées par la longue marche de Sunderland sont absents de cette excursion petit format, l'éloignant du piédestal atteint par Konami il y a des années de cela. D'ailleurs, aucun autre titre ne peut se réclamer d'une telle démarche, anti-commerciale au possible.

Pour le reste, retour en arrière avec la (re)lecture de Elektra Assassin, merveille des années 80 - où j'ai l'occasion de confirmer combien Ben Templesmith marche sur les traces de Bill Sienkiewicz. Seul regret de ma soirée d'hier : m'être endormi devant le très beauf et plaisant Torque, produit Neil H. Moritz à faire passer les Fast and Furious pour de la poésie. Damnède.

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